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[ Déni scientifique ] Aujourd'hui, je vous parle d'une grosse revue de recherches sur ce sujet. La question centrale est : "Qu’est-ce qui conduit certaines personnes à rejeter des preuves scientifiques solides, ou à se méfier de la méthode scientifique elle-même ?" 🧪 LONG thread ci-dessous 👇 1/22

2/22 Les auteurs commencent par clarifier certains points : Le déni scientifique y est défini comme "le rejet de preuves scientifiques bien établies ou de la méthode scientifique comme moyen fiable de produire des connaissances".

3/22 Ils distinguent clairement le déni scientifique (rejet d’un consensus établi) et le scepticisme scientifique (légitime, l'examen critique prudent de nouvelles preuves) Le déni scientifique y est présenté comme un continuum et non une catégorie binaire (on peut être plus ou moins dans le déni)

4/22 La plupart du temps, nous, les humains, cherchons sincèrement à comprendre le monde correctement, mais : - nous avons une capacité cognitive limitée. - nous utilisons des heuristiques (raccourcis mentaux). - nous sommes sensibles à la désinformation organisée. Sur ce dernier point :

5/22 Les campagnes de désinformation exploitent tous ces biais, en présentant par ex. de faux experts et en donnant l'illusion de "débat" scientifique sous la forme d'un faux équilibre (expert vs. non-expert). L'objectif est ici de semer le doute même quand le consensus scientifique est fort.

6/22 Mais la désinformation ne suffit pas à expliquer le déni scientifique. Un autre facteur-clé est psychologique, le "raisonnement motivé" : Nous interprétons les informations qui nous parviennent de manière à protéger ce qui compte pour nous, nos valeurs, nos croyances, notre vision du monde.

7/22 On sélectionne, interprète ou retient surtout les informations qui confirment ce qu'on croit déjà, pour maintenir une cohérence interne. Quand une information scientifique les menace, nous pouvons, plus ou moins inconsciemment, la rejeter.

8/22 Concernant le déni climatique, les auteurs notent qu'il est plus fréquent du côté conservateur de l'échiquier politique, notamment car les solutions proposées (régulation, redistribution, changements économiques) menacent le libre marché, le statu quo et/ou certaines hiérarchies sociales.

9/22 Deux dimensions idéologiques sont particulièrement présentées dans ce papier : 1) "l’orientation à la dominance sociale" (préférence pour les hiérarchies et les inégalités entre groupes) qui favorise la tolérance à l’injustice environnementale et le rejet des mesures égalitaires.

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10/22 2) "l’autoritarisme de droite" caractérisé par la défense des traditions, la soumission à l'autorité et la punition des "déviants", favorisant la minimisation des risques climatiques, la méfiance envers les institutions ("élites") et menant à percevoir l'écologie comme menaçante.

11/22 Toutefois, les auteurs soulignent que le déni de science n'est pas l’apanage exclusif d’un seul camp politique. De plus, les liens entre idéologie et déni scientifique varient selon les contextes culturels, appelant à des recherches comparatives au-delà des pays occidentaux. (suite) ⬇️

12/22 Le populisme contemporain, notamment dans ses formes de droite radicale, se caractérise par une opposition entre "le peuple" et "les élites" (les scientifiques). Cette rhétorique alimente aunsi une défiance envers l’expertise scientifique & favorise l’adhésion aux théories du complot.

13/22 Les auteurs font remarquer toutefois que toutes les formes de populisme ne rejettent pas forcément la science. Certaines valorisent les "vraies sciences" (empiristes) tout en rejetant les sciences sociales. Cette catégorisation mène à des conclusions tout aussi biaisées.